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Beniamino Facchinelli (1839-1895)

     Sujet autrichien par sa naissance sur un territoire appartenant encore à l’empire des Habsbourg jusqu’en 1919, Beniamino Briccio Cirillo Facchinelli voit le jour le 8 juillet 1839, dans une famille de propriétaires terriens installés au cœur de la ville de Trente. Son nom figure en 1860 sur une liste d’enrôlement dans le bataillon des bersaglieri de Vignole défendant la cause italienne, et c’est à Mirandola, au nord de Modène, dans la région où Garibaldi avait naguère installé le commandement de la force unifiée, que Facchinelli apparaît comme photographe : c’est par lui que le poète et volontaire garibaldien Domenico Milelli se fait photographier, dans les années 1866-1867 vraisemblablement.

     Comme un certain nombre d’autres partisans, d’aucuns francs-maçons, Facchinelli part pour l’Égypte où sa présence est attestée en décembre 1876 par l’acte de naissance de son premier fils prénommé Furio Gaetano Giuseppe Garibaldi ! Facchinelli y est mentionné comme photographe domicilié à Mirandola dans le Royaume d’Italie et résidant au Caire près de « l’église catholique ». Les rares documents découverts révèlent qu’il a déménagé à plusieurs reprises au Caire, mais toujours dans le même quartier central, fréquenté par les étrangers (rue de la Zaptieh, rue du Mouski, rue al-Bawaki) à la lisière de la ville ancienne. La photographie ci-dessous montre famille et amis à l’une de ces adresses. Le photographe, sacrifiant à une pratique des visiteurs étrangers, grave son nom en 1879 à Beni Hassan et Abou Simbel.

Corte Casa presso Hôtel du Nil, s. d., BnF, département des Estampes et de la photographie, collection Max Karkégi.

     Cette même année, lors de son admission à la Società per l’antropologia e l’etnologia de Florence, il est dit « employé par l’état-major égyptien » et, en 1880, la Gazzetta Ufficiale del Regno d’Italia, signalant sa nomination à la dignité de chevalier de l’ordre de la Couronne d’Italie, le cite comme photographe en chef de l’état-major général auprès du vice-roi d’Égypte. C’est cette fonction qui l’aurait conduit à suivre les expéditions militaires menées au Soudan et en Érythrée contre la révolte mahdiste et à photographier des types des tribus des hauts lacs dont il offrira des épreuves à la Société d’ethnologie de Florence. Travaillant aussi en studio – on lui connaît deux adresses : rue de l’Hôtel du Nil et rue al-Bawaki –, il est amené à photographier quelques personnages célèbres, généralement des Italiens : le soldat voyageur et topographe Giacomo Bartolomeo Messedaglia ; le major Baretti, défenseur de Saati ; le capitaine Carlo Michelini, seul officier survivant du désastre de Dogali, entre autres. Ces liens avec la communauté italienne du Caire le feront choisir comme reporter lors du voyage que le prince héritier d’Italie, le futur Victor-Emmanuel III, effectue au Moyen-Orient en 1887.

     Mais c’est surtout par ses photographies du Caire, de ses rues, monuments et paysages souvent menacés de destruction, réalisées à la demande d’Arthur Rhoné puis du Comité de conservation des monuments de l’art arabe, que Facchinelli se fait connaître comme photographe. Cette documentation capitale pour les défenseurs du patrimoine bâti ancien du Caire est ce qui a survécu de cette production photographique.

     Facchinelli meurt le 29 novembre juillet 1895 au Caire, à l’âge de 56 ans, sa mort étant déclarée par son fils aîné Furio, âgé de 19 ans et lui-même photographe, et par Virginio Giuntini, photographe. Le cimetière de Terra Santa au Caire abrite toujours la chapelle funéraire, vraisemblablement érigée par l’un des trois fils et bien entretenue, qui a recueilli les restes de la famille Facchinelli.

Maryse Bideault, chercheur associé au laboratoire InVisu (CNRS/INHA)

Illustration : Corte Casa presso Hôtel du Nil, s. d., BnF, département des Estampes et de la photographie, collection Max Karkégi.